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 Comment se débarasser d'un syndicaliste en 1910 au Havre

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Date d'inscription : 05/08/2007

MessageSujet: Comment se débarasser d'un syndicaliste en 1910 au Havre   Lun 14 Sep - 17:28




L'Affaire Jules DURAND

Amené très tôt à travailler, il fréquente l’université populaire des Bourses du Travail. Il commence sa carrière professionnelle comme docker, puis devient (comme son père avant lui) charbonnier-journalier.

Il s'intéresse rapidement aux idées de lutte des classes, au travers des lectures de Louise Michel, Proudhon ou encore Émile Pouget. Il rallie le syndicalisme révolutionnaire, aide à constituer l’union départementale des syndicats et devient secrétaire du syndicat corporatiste des charbonniers (400 adhérents en 1910).

En août 1910, ce même syndicat, lance une grève illimitée « contre l’extension du machinisme, contre la vie chère, pour une hausse des salaires et le paiement des heures supplémentaires ». Pour lutter contre ce mouvement de grève, les compagnies portuaires et transatlantiques havraises décident d'embaucher des hommes qu'elles paient trois fois plus chers, mais anti-grévistes, nommés les « renards » par les ouvriers en grève.

Le 9 septembre 1910, cinq hommes ivres se bagarrent : Louis Dongé, l'un des renards (c'est-à-dire un jaune [1])et quatre autres charbonniers grévistes (bien que non syndiqués). Louis Dongé meurt le lendemain, les quatre charbonniers sont arrêtés et c'est le début de « l'affaire Durand » qui fit grand bruit dans le monde ouvrier havrais au début du XXe siècle.


Les autorités havraises (surtout la Compagnie Générale Transatlantique, devenue Compagnie Générale Maritime le 5 avril 1974) considérant que la grève n'a que trop duré auraient « acheté » des charbonniers pour qu'ils témoignent contre Jules Durand, ces derniers affirmant que c'est le syndicat lui-même qui aurait voté l'assassinat de Louis Dongé, et que l'instigateur de ce vote aurait été Jules Durand, secrétaire du syndicat. La presse locale (principalement Le Havre Éclair) s'était également emparée de cette affaire faisant de Durand un responsable, sinon un coupable du meurtre de Dongé. L'affaire changeait de statut : on passait de la simple rixe entre ivrognes à une mort quasi préméditée.

Jules Durand est arrêté le 11 septembre 1910 sous le chef d'inculpation suivant : incitation et complicité de meurtre sur la personne de Louis Dongé. Sont aussi inculpés les quatre coupables du meurtre, ainsi que les frères Boyer, secrétaire adjoint et trésorier du syndicat.

Le procès s'ouvre le 10 novembre 1910 à la cour d'assises de Rouen. Un des avocats de Durand sera René Coty, lui aussi havrais et futur président de la Quatrième République (1954-1959).

Le 25 novembre, le verdict tombe : les frères Boyer seront acquittés, trois des quatre véritables coupables condamnés à des peines de prison. Jules Durand reçoit la peine suprême : celle de la condamnation à mort. Pris d'une crise de nerfs à la fin du procès, Jules Durand commence à perdre la raison (il ira 40 jours à l'asile).

Le jour du verdict, à 10 heures du soir, l'Union des syndicats reçoit un télégramme annonçant la condamnation à mort de Durand. C'est la révolte et la colère, et trois heures plus tard, il est décidé de faire une « campagne d’agitation et de protestations ». Le 28 novembre, une grève générale de 24 heures en soutien à Jules Durand commence qui paralyse Le Havre et dont les perturbations dureront finalement au-delà...

Devant les mouvements qui gagnent en France, en Angleterre et aux États-Unis et la désapprobation de Ligue des droits de l’Homme, sa peine de mort est commuée en sept ans de réclusion.

La mobilisation ne perdant pas de sa force, il est finalement libéré le 15 février 1911, mais pour aller directement à l'asile (hôpital psychiatrique) de Sotteville-lès-Rouen où il mourra le 20 février 1926. Entre-temps, le 15 juin 1918, il est déclaré innocent.

Note:↑ Les syndicats jaunes sont des organisations apparues pour faire obstacle aux syndicats ouvriers et ils furent considérés comme des briseurs de grève. Lors de leur création en 1899, leur emblème était un gland jaune et un genêt. Par extension, un membre d'un syndicat jaune était appelé péjorativement jaune, et ici renard est utilisé comme une métaphore de jaune.[img][/img]
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